Notre première surprise à Phnom Penh n’aura pas été le Palais Royal, mais notre chambre d’hôtel. Après plusieurs heures de bus depuis Hô Chi Minh-Ville, on arrive sous la pluie à l’Ocean Hotel, où l’on nous annonce un surclassement. Toujours une bonne nouvelle ! Sauf que notre nouvelle chambre se trouve dans un couloir où plusieurs voyageurs semblent avoir décidé d’organiser un concours de cigarettes. Portes ouvertes, fumée et conversations à plein volume : on découvre qu’il existe encore des hôtels où les fumeurs ont leurs habitudes. On n’avait pas exactement imaginé notre surclassement comme ça ! Heureusement, notre première soirée se termine beaucoup mieux, autour d’un délicieux repas dans un petit restaurant local, Khmer Women’ Food. Et là, première grosse surprise : personne ne nous avait prévenus que la cuisine khmère était aussi bonne ! On découvre notamment le lok lak, un plat de bœuf sauté servi avec une sauce au poivre et au citron vert, le fish amok, un curry de poisson délicatement parfumé au lait de coco et aux épices, traditionnellement cuit à la vapeur dans une feuille de bananier, ainsi que le lort cha, de petites nouilles de riz épaisses sautées avec des légumes et une sauce savoureuse, souvent accompagnées d’un œuf au plat. Trois spécialités très différentes qui nous donnent immédiatement envie d'explorer davantage la gastronomie cambodgienne. Quelle belle découverte pour commencer notre séjour à Phnom Penh !
Le lendemain, le soleil est de retour et on profite du petit déjeuner sur le magnifique rooftop de notre hôtel, avec une superbe vue sur Phnom Penh. On décide de consacrer la journée au Palais Royal, mais on découvre rapidement que la capitale vit un week-end un peu particulier. Le Cambodge célèbre Pchum Ben, l’une de ses fêtes bouddhistes les plus importantes, durant laquelle les familles rendent hommage à leurs ancêtres. Plusieurs lieux sont fermés et certaines rues du centre sont également bloquées pour la visite officielle du Premier ministre vietnamien. Heureusement, le Palais Royal est accessible et, une fois à l’intérieur, on a presque l’impression de l’avoir pour nous seuls. Les bâtiments sont magnifiques, les jardins parfaitement entretenus et chaque cour nous donne envie de sortir l’appareil photo. On passe un temps fou à admirer les toitures dorées, les détails architecturaux et les pavillons.



Notre petit coup de cœur va au pavillon Napoléon III, une étonnante construction métallique au milieu de cette architecture khmère. Selon l’histoire souvent racontée, il aurait été construit pour les cérémonies d’inauguration du canal de Suez, en Égypte, avant d’être démonté et offert au roi du Cambodge par la France. Les historiens discutent encore de son origine exacte, mais une chose est certaine : ce bâtiment européen, conçu en métal sous un climat tropical, est assez inattendu ! Le Palais Royal a également traversé l’époque des Khmers rouges sans connaître les destructions subies par tant d’autres lieux du pays. Le roi Norodom Sihanouk y a notamment été maintenu en résidence surveillée. On quitte cet endroit impressionnés par sa beauté et son histoire, avant de continuer notre promenade dans les rues de la capitale.

Le soir, on découvre par hasard Bassac Lane, un petit quartier de ruelles remplies de bars, à quelques minutes de notre hôtel. Et quelle bonne surprise ! Entre les petites terrasses, les lumières et les établissements qui se succèdent, l’endroit est vraiment charmant. On craque particulièrement pour The Welsh Embassy, un minuscule pub gallois sur deux étages, avec ses boiseries, ses drapeaux et son ambiance incroyablement chaleureuse. La gérante est adorable, la musique excellente et les verres s’enchaînent un peu plus vite que prévu. On découvre aussi The Library, un autre petit bar du quartier. On tente également une visite dans un bar gay installé dans un ancien salon de coiffure, mais l’ambiance ne nous correspond pas du tout. Les serveurs sont particulièrement insistants et tactiles, au point de nous mettre rapidement mal à l’aise. Après un verre, on préfère retourner à Bassac Lane, où l’on se sent beaucoup mieux.
Le lendemain, après une matinée tranquille et une séance de sport, on part visiter Tuol Sleng, plus connu sous le nom de S21. Cet ancien lycée a été transformé en prison et centre de torture par les Khmers rouges entre 1975 et 1979. Des milliers de personnes y ont été détenues, interrogées et torturées avant d’être assassinées, sur place ou dans les centres d’exécution. Le régime n’épargnait personne, pas même les bébés et les enfants. Des familles entières étaient exterminées, suivant cette logique terrifiante selon laquelle il ne suffisait pas d’éliminer une mauvaise herbe, mais qu’il fallait aussi en arracher les racines. On y reste près de trois heures, accompagnés d’un audioguide indispensable pour comprendre ce que l’on découvre. Les anciennes salles de classe, les photographies et les témoignages rendent cette visite profondément bouleversante. Au-delà de l’horreur, ce qui nous frappe, c’est l’absurdité de cette idéologie et la façon dont une poignée de dirigeants a pu entraîner tant de personnes dans une folie meurtrière, jusqu’à provoquer la mort de près de deux millions de Cambodgiens. Et tout cela il y a moins de cinquante ans. On ressort avec une pensée difficile à oublier : il suffit parfois de quelques hommes convaincus de détenir la vérité pour entraîner tout un pays dans l’horreur. Une visite qui nous rappelle à quel point il est essentiel de ne jamais cesser de questionner ceux qui prétendent avoir toutes les réponses.


Après cette visite, on a besoin de retrouver un peu de légèreté. On profite de la piscine de notre rooftop, puis on retourne boire quelques verres à Bassac Lane, notamment au Welsh Embassy, dont on a vraiment adoré l’ambiance. Le lendemain, pour notre dernière journée, le soleil est encore au rendez-vous malgré des prévisions météo franchement pessimistes. Après une nouvelle séance de sport et quelques heures au bord de la piscine, on reprend nos balades dans le centre, cette fois sans les nombreuses rues fermées des jours précédents. On découvre encore un temple, quelques places et les quais animés de la capitale. Mais on a surtout réservé une dernière activité qui va nous offrir l’un de nos plus beaux souvenirs du séjour.
En fin d’après-midi, on embarque pour une croisière au coucher du soleil sur le Mékong. On a réservé nos billets en ligne pour environ 7 dollars par personne, alors que le tarif proposé sur place était de 15 dollars. Il existe des formules avec repas ou boissons à volonté, mais notre billet simple nous convient parfaitement. Et franchement, quelle belle expérience ! On regarde les couleurs du ciel changer, les bateaux traverser le fleuve et les lumières s’allumer progressivement sur les bâtiments de Phnom Penh. Depuis l’eau, la ville est encore plus belle, notamment lorsque le Palais Royal commence à s’illuminer. On termine notre soirée en nous promenant sur les quais, entre les stands du marché et quelques petites adresses où manger, avant que la pluie ne fasse son retour.



On quitte Phnom Penh avec des souvenirs très différents, mais tous marquants. On a adoré son Palais Royal, ses petites ruelles animées, ses rooftops et cette magnifique croisière au coucher du soleil. Mais c’est aussi une ville qui nous a confrontés à l’une des pages les plus sombres de l’histoire contemporaine. La visite de S21 restera longtemps dans nos mémoires. Et en voyant aujourd’hui la vie reprendre toute sa place dans les rues de la capitale, on ne peut s’empêcher d’admirer le chemin parcouru par le Cambodge, sans oublier les blessures qui demeurent. Phnom Penh nous aura fait sourire, réfléchir et parfois rester sans voix. En quelques jours seulement, c’est déjà beaucoup.
