« 20 dirhams, mon ami ! »
« Non, beaucoup trop cher ! »
« Allez, pour toi, mon ami, 15 ! »
« Non, non, toujours trop cher ! »
Matthieu commence à s'éloigner du stand. Il a déjà comparé les prix chez plusieurs marchands et sait très bien que le vendeur peut faire mieux.
« Attends, mon ami ! 12 dirhams ! »
« Non, trop cher ! »
Matthieu continue de marcher. À cinq mètres du stand, ils négocient encore. À dix mètres, ils sont presque obligés de se crier les prix au milieu du marché.
« Mon ami ! 10 dirhams, dernier prix ! »
Matthieu se retourne une dernière fois.
« 8 dirhams ! »
« Allez, mon ami, OK pour 8 dirhams ! »
Matthieu revient, tout sourire. Marché conclu !
Dix minutes de négociation, des discussions à travers tout le marché… Tout ça pour quelques morceaux de nougat.
Bienvenue à Marrakech ! Matthieu adore négocier, surtout lorsqu'il a l'impression qu'on essaie de lui faire payer trois fois le prix. Et même si toute cette discussion lui a permis d'économiser finalement quelques francs, c'est une question de principe. Sébastien, lui, aurait probablement acheté ses nougats bien plus tôt. Mais il faut reconnaître que Matthieu est plutôt doué à ce petit jeu !
Ça faisait des années que Sébastien rêvait de découvrir Marrakech. Matthieu, lui, n'y avait jamais vraiment pensé. Alors, quand l'hiver s'installe dans l'hémisphère Nord, on décide de partir profiter de quelques jours de soleil au Maroc. Pour notre séjour, on choisit le Riu Tikida Palmeraie, un grand hôtel situé à l'extérieur de la médina, avec plusieurs piscines, un court de tennis, une salle de sport et une formule tout compris. On voulait pouvoir profiter de Marrakech tout en retrouvant un peu de calme après nos visites. Et sur ce point, on a fait le bon choix. Il y a même un âne dans les jardins de l'hôtel. On ne sait pas exactement ce qu'il fait là, mais il aura droit à plusieurs visites de notre part !
Dès notre première journée, Marrakech nous en met plein les yeux. On commence par le Jardin Majorelle, avec ses bâtiments d'un bleu presque irréel, ses pots jaunes et sa végétation luxuriante. Le contraste des couleurs est absolument magnifique. On comprend rapidement pourquoi ce jardin, autrefois sauvé par Yves Saint Laurent et Pierre Bergé, est devenu l'un des endroits les plus photographiés de la ville. Mais c'est en rejoignant la médina qu'on découvre un tout autre Marrakech. Les ruelles débordent de marchandises, les odeurs d'épices se mélangent à celles des petits restaurants et il faut parfois se faufiler entre les passants et les scooters. On découvre le splendide Palais de la Bahia, puis l'immense place Jemaa el-Fna, où il semble se passer quelque chose à chaque mètre. On adore cette effervescence, même si le traitement réservé à certains animaux nous attriste. Au coucher du soleil, la silhouette de la Koutoubia se découpe dans le ciel. On comprend déjà pourquoi Marrakech fascine autant.
Le soir, changement complet d'ambiance. On retrouve notre hôtel, ses jardins et son bar où les boissons sont comprises dans notre formule. Et c'est justement là qu'on assiste à une scène qu'on retrouve malheureusement dans beaucoup d'hôtels tout compris. Certains clients s'approchent du comptoir et lancent simplement un « Beer ! » au serveur, sans bonjour, sans s'il vous plaît et encore moins un merci. Ça nous a toujours fascinés, cette façon de considérer qu'une formule tout compris dispense aussi de la politesse ! De notre côté, on a toujours appris à saluer et remercier les personnes qui nous servent, même lorsqu'on ne parle pas leur langue. Et puis, entre nous, un sourire et un peu de gentillesse ne coûtent rien. On a même parfois l'impression que ça se traduit par un verre légèrement plus généreux ! En tout cas, l'ambiance est excellente, il y a de la musique et on profite pleinement de notre soirée.
Le lendemain, on commence par une séance de sport et une partie de tennis. On retourne saluer notre ami l'âne, on croise même une tortue dans les jardins, puis on part pour une excursion dans le désert d'Agafay. On avait en tête de grandes étendues de sable, mais on découvre plutôt un paysage de collines arides et rocailleuses. Au programme, une balade à dos de dromadaire, suivie d'une sortie en quad. La première activité est très touristique et ne nous laissera pas un souvenir impérissable, même si les animaux semblaient correctement traités. En revanche, le quad est une excellente surprise ! On s'amuse énormément à parcourir ces paysages désertiques. Et lorsque le soleil commence à descendre, le décor devient franchement magnifique. La soirée se poursuit sous les tentes, autour d'un repas marocain accompagné de musique et d'un spectacle de feu. C'est une expérience très organisée pour les touristes, mais il faut reconnaître qu'ils savent créer une belle ambiance. On rentre ravis, avec quelques grains de poussière en souvenir.
De retour dans la médina le jour suivant, on découvre les ruines impressionnantes du Palais El Badi. Ses immenses murs ocre et ses sols ornés de motifs géométriques nous offrent un terrain de jeu parfait pour les photos. On y passe beaucoup plus de temps que prévu avant de retrouver les souks et la place des Épices, Rahba Kedima. Avec ses paniers, ses chapeaux de paille et ses étals colorés, c'est l'un de nos endroits préférés. On s'installe au Café des Épices pour observer l'animation, puis on repart explorer les boutiques. Cette fois, on prend notre temps pour profiter des ruelles, des petites échoppes et de cette atmosphère si particulière. On découvre aussi quelques cafés et établissements de la médina avant de retrouver notre hôtel pour un dernier coucher de soleil au bord des piscines.
Le soir, un concert de musique berbère accompagne notre dîner et on réalise qu'on a trouvé exactement le rythme qu'on recherchait : des journées bien remplies, mais toujours du temps pour se détendre. Le lendemain, il faut déjà repartir. À l'aéroport, les contrôles de sécurité successifs nous rappellent que le voyage est bel et bien terminé. On quitte Marrakech avec de très beaux souvenirs, quelques bonnes adresses et surtout l'envie de découvrir davantage le Maroc.
Mais ce séjour nous laisse aussi une réflexion. En tant que couple gay, Marrakech n'est pas une destination où l'on peut vivre son couple avec la même liberté que chez nous. Les relations homosexuelles restent criminalisées au Maroc et, même si l'on a croisé plusieurs autres couples LGBTQ+ pendant notre séjour, on savait qu'il valait mieux éviter les gestes d'affection en public. C'est une réalité qui nous dérange, particulièrement dans une ville qui célèbre autant l'héritage d'Yves Saint Laurent, ouvertement homosexuel. Cela ne nous a pas empêchés d'adorer Marrakech, ses couleurs, ses habitants et son atmosphère unique. Mais on espère qu'un jour, tous les couples pourront y voyager sans avoir à réfléchir à la manière dont ils expriment leur affection. Parce que Marrakech mérite d'être découverte, et que chacun devrait pouvoir le faire librement.
